Corticosurrénalome

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Qu’est-ce que le « corticosurrénalome » ?

Le corticosurrénalome est une tumeur primitive de la surrénale développée à partir de la couche externe de la glande (le cortex) (Voir Figure ci-dessous).
Elle peut donc être responsable, dans près de la moitié des cas, d’hypersécrétion d’hormones corticostéroïdes (voir plus bas les syndromes –manifestations cliniques – engendrées).
Ce type de tumeur est également caractérisé par son potentiel malin.

surrenales

 

Quels sont les différents types de tumeurs primitives de la surrénale ?

Les tumeurs primitives de la surrénale recouvrent deux grands types différents selon qu’elles sont développées à partir de la couche externe (cortex), ou interne (medulla). Voir Figure ci-dessus.

Les tumeurs du cortex peuvent être bénignes (on parle d’adénome), ou, au contraire à potentiel malin (on parle de corticosurrénalome). Toutes ces tumeurs, bénignes ou malignes, peuvent s’accompagner d’hypersécrétion d’hormones du cortex (corticostéroïdes).

Les tumeurs développées à partir de la medulla sont des phéochromocytomes, presque toujours bénins (90 % des cas). Elles s’accompagnent invariablement d’une hypersécrétion de catécholamines (voir texte « Phéochromocytome »).

Quand doit-on suspecter la survenue d’un corticosurrénalome ?

Les tumeurs développées à partir de la medulla sont des phéochromocytomes, presque toujours bénins (90 % des cas). Elles s’accompagnent invariablement d’une hypersécrétion de catécholamines (voir texte « Phéochromocytome »).
On suspectera la survenue d’un corticosurrénalome dans trois conditions particulières :
-    devant un syndrome d’hypersécrétion de corticostéroïdes,
-    devant des manifestations loco-régionales en rapport avec les effets entraînés par la masse de la tumeur sur les organes de voisinage,
-    enfin devant la découverte fortuite d’une masse surrénalienne, asymptomatique (sans aucune manifestation clinique), à l’occasion d’un examen d’imagerie fait pour une autre raison (« incidentalome » surrénalien).

Environ un corticosurrénalome sur deux sécrète un excès de cortisol, entraînant donc les manifestations cliniques classiques du syndrome de Cushing (voir texte « Syndrome de Cushing »). On sait en effet qu’environ 30 % des syndromes de Cushing sont dus à des tumeurs de la surrénale, parmi lesquelles des adénomes (tumeur bénigne) mais aussi des corticosurrénalomes.
Beaucoup de corticosurrénalomes sécrètent un excès d’androgènes (hormones mâles), parfois isolément, plus souvent de façon concomitante avec un excès de cortisol. Dans tous les cas ils induisent des signes spécifiques d’hyperandrogénie (masculinisation) chez la femme : parfois sur un mode modeste, acné, hirsutisme (augmentation de la pilosité), troubles des règles, infertilité ; parfois de façon plus sévère, entraînant un véritable virilisme avec séborrhée (peau devenant plus grasse) et perte des cheveux, aggravation de la voix, hypertrophie des muscles, hypertrophie clitoridienne.
Enfin les corticosurrénalomes peuvent, plus rarement, sécréter un excès de minéralocorticoïdes (hormones agissant sur le rein pour augmenter la réabsorption du sel et l’excrétion de potassium). Dans ces cas on peut observer une hypertension artérielle et une hypokaliémie (diminution du potassium sanguin).

Alternativement, un grand nombre (environ 50 %) des corticosurrénalomes sont non ou peu sécrétant,  ou sécrètent des précurseurs de corticostéroïdes qui n’ont pas d’action périphérique (ces molécules peuvent être mesurées dans le sang mais, contrairement aux « hormones » elles n’entraînent aucune manifestation clinique). Ce sont alors les manifestations loco-régionales, dues à la masse tumorale elle-même, qui peuvent révéler le corticosurrénalome : douleur ou gêne locale par compression des organes de voisinage, découverte de la masse par la simple palpation du ventre. De façon plus exceptionnelle des signes généraux sont présents, comme de la fièvre et/ou un amaigrissement. De façon encore plus rare, un corticosurrénalome peut être révélé par des métastases à distance (foie, poumon, os, essentiellement).

Aujourd’hui, beaucoup de masses surrénaliennes sont découvertes de façon fortuite, par « accident », à l’occasion d’un examen d’imagerie fait pour une raison n’ayant rien à voir, a priori, avec la surrénale : on parle d’ « incidentalome » surrénalien . Il peut s’agir d’échographies abdominales, de scanners thoraciques et/ou abdominaux faits pour des raisons variées (examen de la vésicule biliaire, bilan respiratoire, bilan rénal,…). Ces examens d’imagerie débordent le cadre de l’organe primitivement visé, visualisent les surrénales, et découvrent parfois une masse de la surrénale. Exceptionnellement cette masse peut correspondre à un corticosurrénalome, découvert, donc, … « par accident » !

Le corticosurrénalome est-il une affection grave ?

La réponse est oui.
Le corticosurrénalome est une affection grave pour plusieurs raisons :

  • C’est une lésion à potentiel malin : elle fait courir le risque d’invasion loco-régionale (extension aux organes de voisinage) et de métastases à distance.
  • Dans un cas sur deux, le corticosurrénalome s’accompagne d’un syndrome de Cushing, avec ses complications propres dues à l’excès de cortisol.
  • Le diagnostic est souvent tardif, en particulier dans les formes non sécrétantes, en raison de l’absence de signes cliniques qui pourraient alerter.
  • C’est une maladie rare, qui peut être méconnue, en particulier devant le diagnostic d’un « incidentalome » surrénalien.
  • Le traitement est complexe.

Il est crucial de savoir reconnaître les formes précoces de corticosurrénalome, avant toute invasion loco-régionale (dans l’environnement immédiat de la tumeur) et/ou métastase à distance, car c’est à ce stade qu’une chirurgie confiée à des mains expertes peut réaliser une exérèse dite « complète » ou « curative », avec de véritables chances de guérison.

Que faire quand on soupçonne un corticosurrénalome ?

Il est crucial de savoir reconnaître les formes précoces de corticosurrénalome, avant toute invasion loco-régionale et/ou métastase à distance, car  c’est à ce stade qu’une chirurgie confiée à des mains expertes peut réaliser une exérèse dite « complète » ou « curative », avec de véritables chances de guérison.
Il faut, sans hésiter, consulter rapidement un spécialiste (endocrinologue), au mieux dans un Centre Expert National ou Régional (Voir page 8 : § 22 Plan INCa Cancers Rares).
Cela vaut d’ailleurs pour toutes les tumeurs de la surrénale, qui réclament des explorations bien cadrées dans des centres spécialisés.

Comment fait-on le diagnostic de corticosurrénalome ?

La question qui est posée est la suivante : devant la découverte d’une masse surrénalienne, quels sont les éléments qui font penser qu’il peut s’agir d’un corticosurrénalome ?

Les arguments en faveur du corticosurrénalome sont de plusieurs ordres :

-    il y a les arguments cliniques : le caractère rapidement évolutif (apparition et aggravation rapide des signes cliniques en cas de corticosurrénalome sécrétant), et/ou la présence de signes d’hyperandrogénie chez la femme (voir plus haut) sont des arguments en faveur du corticosurrénalome.
-    Il y a les arguments biologiques : la présence de concentrations élevées dans le sang d’androgènes surrénaliens et/ou de précurseurs des hormones corticostéroïdes, est un argument en faveur du corticosurrénalome.
-    Il y a enfin les arguments de l’imagerie qui permettent de distinguer les lésions bénignes et malignes de la corticosurrénale. Classiquement, les premières sont de faible dimension (en général moins de 4 cm de plus grand diamètre), homogènes et ont des densités spontanées faibles au scanner ; par opposition, les corticosurrénalomes sont des tumeurs plus volumineuses (en général plus de 4 cm de plus grand diamètre), hétérogènes, et de densité spontanée élevée au scanner. Des examens plus sophistiqués, particulièrement le Pet-scan au 18-Fluoro déoxyglucose (Pet-FDG) peuvent apporter des renseignements plus précis dans les cas difficiles.

Il est crucial que ces examens soient pratiqués et interprétés par des spécialistes connaissant parfaitement les tumeurs de la surrénale. Leur réalisation optimale fait appel à une équipe multidisciplinaire (endocrinologue, biologiste hormonal, imageur) idéalement au sein d’un Centre Expert National ou Régional, presque toujours dans un Centre Hospitalier Universitaire.

Certains de ces examens peuvent être faits en externe, ou en hôpital de jour. Il est souvent nécessaire, toutefois, d’hospitaliser le patient : soit parce que les manifestations en rapport avec une hypersécrétion hormonale (essentiellement un éventuel syndrome de Cushing, et/ou une hypertension artérielle avec hypokaliémie en cas d’hypersécrétion de minéralocorticoïdes) sont sévères, soit parce qu’il faut faire des investigations assez sophistiquées (tests dynamiques, imageries). Le rôle d’un personnel infirmier spécialisé est également primordial.

Le diagnostic de corticosurrénalome est-il toujours fait avant la chirurgie ?

Dans certains cas la nature précise d’une tumeur de la corticosurrénale ne peut pas être obtenue avant l’opération, même avec les procédures les plus sophistiquées.
C’est pourquoi, en cas de doute, il faut opérer le patient afin de retirer la tumeur et la soumettre à l’examen anatomopathologique qui établira le diagnostic définitif.

Quels sont les examens biologiques effectués pour le diagnostic de corticosurrénalome ?

Les examens biologiques vont chercher à mettre en évidence une hypersécrétion de corticostéroïdes et /ou de leurs précurseurs. Si ces tests sont positifs, ils permettent de conclure avec certitude que la tumeur surrénalienne est bien d’origine corticale (on élimine ainsi les autres types de tumeurs de la surrénale), et, comme nous l’avons vu, un excès d’androgènes surrénaliens et/ou de précurseurs dans le sang est en faveur du corticosurrénalome. Rappelons aussi que près de la moitié des corticosurrénalomes ne s’accompagnent d’aucune hypersécrétion hormonale.
Ces explorations consistent en des prises de sang, analyse de recueils urinaires, éventuellement des tests dynamiques (freination par la dexamethasone, stimulation par le synacthène, dosages en position couchée puis debout).

Quels sont les examens d’imagerie effectués pour le diagnostic de corticosurrénalome ?

Les examens d’imagerie concernent d’abord la tumeur pour essayer de mieux en préciser la nature, bénigne (adénome) ou maligne (corticosurrénalome).
Le scanner de la surrénale est indispensable, nous avons vu plus haut les renseignements qu’il peut fournir. C’est un examen radiologique un peu particulier, non invasif, avec le plus souvent l’injection intraveineuse de produit de contraste.
L’IRM, Imagerie par Résonance Magnétique, peut apporter des précisions complémentaires. Comme le scanner, c’est un examen non invasif, avec le plus souvent l’injection intraveineuse de produit de contraste.
Le Pet-FDG est aujourd’hui devenu un examen de quasi routine. C’est une scintigraphie, effectuée dans des services hospitaliers de Médecine Nucléaire.

Les examens d’imagerie ont également un deuxième but : participer au bilan d’extension, lorsque l’on craint un corticosurrénalome. Il s’agit de rechercher s’il existe des signes d’extension (ou invasion) loco-régionale, et/ou des métastases à distance.
Le scanner, l’IRM, voire des examens angiographiques (radiographie des vaisseaux) ciblés recherchent des signes d’invasion loco-régionale (à proximité immédiate de la tumeur initiale).
Le scanner, l’IRM, l’échographie, la scintigraphie osseuse, le Pet-FDG, recherchent d’éventuelles métastases pulmonaires, hépatiques, ou osseuses.

Y a-t-il des conditions particulières pour soigner le corticosurrénalome ?

En effet.
C’est un traitement délicat, réclamant une équipe multidisciplinaire, au mieux dans un centre spécialisé, aujourd’hui les Centres Experts National et Régionaux  (endocrinologue, oncologue, chirurgien, imageur, biologiste hormonal, anatomopathologiste, médecin nucléaire,  radiothérapeute). Tous ces spécialistes doivent connaître cette pathologie particulière, et être habitués à travailler de façon « partenariale », c'est-à-dire organisée. Cette organisation est aujourd’hui formalisée par des textes officiels qui décrivent son fonctionnement dans le cadre de Réunions de Concertations Pluridisciplinaires (RCPs, voir page 8 : § 22 -  Plan INCa Cancers Rares). Il est important que chaque patient atteint de corticosurrénalome vérifie que son cas est traité selon ces principes.

Quels sont les traitements utilisés ?

Les approches thérapeutiques sont variées, faisant appel avant tout à la chirurgie, pour la tumeur initiale, voire pour les métastases. Des traitements anti-cortisoliques, des chimiothérapies anti-cancéreuses sont souvent utilisées,  et certains traitements particuliers peuvent être employés pour le traitement de différents types de métastases, avec de réelles chances de succès, même s’il peut y avoir des problèmes de tolérance.

Quelle est la place de la chirurgie ?

Le traitement principal fait appel à la chirurgie qui doit effectuer l’exérèse (ablation) de la tumeur initiale (surrénalienne) (voir § 13).

La chirurgie participe également à d’autres actions très importantes :

-    L’acte opératoire est un moment essentiel qui permet l’évaluation d’une éventuelle invasion loco-régionale. Cette évaluation a une grande importance car elle conditionne le pronostic.
-    Au moment de la chirurgie surrénalienne, il est parfois possible de pratiquer l’exérèse de métastases hépatiques.
-    La chirurgie est mise à contribution également dans certains cas de récidives locales, dans l’exérèse de certaines métastases pulmonaires, hépatiques, osseuses.

Comment se passe une surrénalectomie dans un cas de corticosurrénalome ?

Surrénalectomie veut dire ablation chirurgicale d’une surrénale.

Contrairement à ce qui est proposé aujourd’hui pour l’ablation de surrénales saines (surrénalectomie bilatérale dans la Maladie de Cushing), ou bénignes (adénomes de Conn, adénomes de Cushing, phéochromocytomes), la chirurgie par coelioscopie (sans ouvrir le ventre) ne peut pas être considérée comme l’approche standard.

 Dans le cas d’une tumeur surrénalienne suspectée d’être un corticosurrénalome, il est impératif que le chirurgien puisse avoir une large accessibilité du champ opératoire et, surtout, ne prenne aucun risque de dissémination. Cette chirurgie est donc le plus souvent faite de façon classique, par laparotomie (avec ouverture du ventre), dans des centres spécialisés.
L’approche laparoscopie reste toutefois  discutée par certains spécialistes. Elle n’est envisageable que dans des cas sélectionnés (tumeurs présentant – a priori  -  un faible risque de malignité et/ou des conditions opératoires jugées par les chirurgiens plus favorables en perspective d’une chirurgie complète). Elle ne peut être envisagée que dans des centres experts qui ont une expérience reconnue en chirurgie laparoscopique avec le respect des principes de chirurgie carcinologique endocrinienne.

Encore une fois, il est crucial que cette chirurgie soit confiée à un expert des tumeurs de la surrénale : c’est l’ablation complète, dite « curative », d’un corticosurrénalome dans une forme précoce, encore localisée, qui offre les meilleures, et réelles, chances de guérison.

Y a t’il des traitements médicamenteux c ontre le corticosurrénalome?

Les traitements médicamenteux sont utilisés avec deux optiques :

- Détruire les lésions tumorales
- Freiner les – ou s’opposer aux -  sécrétions hormonales excessives

Quand utilise-t-on les traitements médicamenteux ?

Il y a deux grands cas de figure :

Lorsque le chirurgien a pu faire un geste « curatif » (ablation de toutes les lésions tumorales), deux options sont proposées, de façon légitime :

-    soit une simple surveillance
-    soit la mise en route d’une chimiothérapie dite « adjuvante ». L’idée est que ce traitement a des chances de réduire le risque de récidive. En effet, lorsque l’on parle de chirurgie « curative » ou « complète », c’est une appréciation qui repose sur l’œil du chirurgien, et, éventuellement, de l’anatomopathologiste. Dans certains cas, on laissera en place des micro-foyers métastatiques, trop petits pour être détectés par aucun moyen d’imagerie et, encore moins en peropératoire. Ces micro-foyers seront éventuellement à l’origine de « récidives », plus ou moins tardives. Des études récentes suggèrent que le Lysodren® donné en adjuvant peut être efficace dans ce contexte.

Dans tous les cas une surveillance vigilante dans un centre spécialisé est indispensable.

Dans les formes « avancées », métastatiques, où la chirurgie n’a pas permis l’ablation complète de toutes les lésions tumorales, la chimiothérapie est nécessaire, de même que le contrôle des sécrétions hormonales.

Quelles sont les chimiothérapies utlisées, comment sont elles supportées ?

La drogue la plus utilisée dans le traitement du corticosurrénalome est l’O,p’DDD (encore appelé Mitotane, ou, actuellement en Europe, Lysodren®) (Voir Livret ….). L’intérêt majeur du Lysodren® est que son action est spécifique des surrénales.

D’autres chimiothérapies, plus classiques, sont utilisées également, en général en « deuxième ligne » si le Lysodren® ne montre pas une bonne efficacité. Ces dernières sont en général plus toxiques, pour la moelle osseuse (risque de chute des globules blancs), le rein (risque d’insuffisance rénale), les cheveux (chute), l’intestin …

Quelles sont les modalités d’administration et de surveillance d’un traitement par O p’DDD ?

Le Lysodren® est administré sous forme de comprimés à 500 mg. L’idée est de donner une dose quotidienne qui permette d’atteindre des taux sanguins situés dans une fourchette (14 – 20 mg/litre) correspondant à l’efficacité du traitement et, le plus souvent, à l’absence d’effets secondaires. On fera donc régulièrement des prises de sang pour vérifier les concentrations sanguines du Lysodren® (souvent appelées « Mitotanémies »)
En cas d’excès, et selon la sensibilité individuelle des patients, le Lysodren® peut entraîner des effets secondaires, essentiellement digestifs (nausée, anorexie, vomissement), et neurologiques (fatigue, troubles de l’équilibre, difficultés de concentration, trouble de la mémoire, difficulté d’élocution). Tous ces troubles sont réversibles à la diminution ou à l’interruption temporaire du traitement.

Nous avons vu que le Lysodren® a une action de destruction spécifique de la surrénale. Il peut donc détruire aussi bien la surrénale saine restante, entraînant alors une insuffisance surrénale.  Cette dernière sera prévenue par l’administration concomitante d’hydrocortisone et de fludrocortisone (9αFluoro-hydrocortisone).

Peut-on être amené à utiliser un traitement substitutif par hydrocortisone ?

Plusieurs cas de figure vont s’accompagner d’une insuffisance surrénale, ou d’un risque d’insuffisance surrénale, rendant nécessaire un traitement substitutif par hydrocortisone et, éventuellement fludrocortisone.

-    Après ablation complète, « curative », d’un corticosurrénalome responsable d’un syndrome de Cushing. Dans ce cas, la surrénale controlatérale sera atrophique car l’ACTH hypophysaire a été freinée par l’hypercortisolisme de la tumeur. Le patient est donc immédiatement en insuffisance surrénale dès la chirurgie pratiquée, indépendamment de toute chimiothérapie « adjuvante » éventuelle.
-    La mise en route d’un traitement par Lysodren® entraîne un risque d’insuffisance surrénale, dans tous les cas : corticosurrénalome ayant entraîné ou non un syndrome de Cushing, traitement simplement « adjuvant » ou au cours de métastases.

La destruction surrénalienne induite par le Lysodren® touche toutes les zones du cortex surrénalien. Le plus souvent, le traitement substitutif comportera donc l’administration d’hydrocortisone et de fludrocortisone

Le corticosurrénalome peut-il être d’origine « génétique » ?

Le corticosurrénalome est « sporadique » (non génétique), dans la presque totalité des cas.

Il existe toutefois des situations très exceptionnelles où le corticosurrénalome est d’origine génétique, c'est-à-dire « familial » avec possibilité de transmission aux descendants :

-    Dans le syndrome de Li-Fraumeni il existe une mutation germinale sur le gène de la protéine p53. Cela crée une prédisposition « familiale » à développer différents types de cancers, parmi lesquels des corticosurrénalomes.
-    Dans le syndrome de Beckwith-Wiedeman, des anomalies germinales survenues au cours de l’embryogenèse, sur le chromosome 11, provoquent un risque accru de corticosurrénalome. Ce risque concerne uniquement le sujet atteint, et n’est pas transmissible.
-    La MEN (Multiple Endocrine Neoplasia) de type 1, est une maladie familiale à transmission dominante, où une mutation germinale de la Menine, est associé avec une prédisposition à développer certaines tumeurs, parmi lesquelles des tumeurs de la corticosurrénale. Ces dernières sont presque toujours bénignes ; des cas exceptionnels de corticosurrénalome ont toutefois été décrits dans le cadre de la MEN 1.
-    Le corticosurrénalome peut aussi se rencontrer, mais de façon encore plus rare, dans des syndromes familiaux associés à des tumeurs digestives : syndrome de Lynch, Polypose Familiale Colique.

Pour les enfants ou la fratrie de patients atteints de corticosurrénalome, il ne parait pas recommandé de faire un screening systématique, en dehors du contexte d’une pathologie familiale reconnue ou d’un contexte clinique particulier.

Corticosurrénalome et grossesse

Il arrive, de façon très rare, qu’on pose le diagnostic de tumeurs surrénaliennes chez une femme enceinte. Il faut s’assurer que la patiente n’est pas porteuse d’une tumeur potentiellement maligne (corticosurrénalome) qu’il faudrait alors traiter rapidement par la chirurgie, quel que soit le terme de la grossesse.

Pour envisager une grossesse après chirurgie ou traitement d’un corticosurrénalome, il est recommandé d’avoir environ cinq ans de recul sans récidive et de s’assurer de l’absence de Lysodren® dans le sang.

Corticosurrénalome et psychisme

Comme toute maladie sérieuse, avec ses contraintes thérapeutiques parfois lourdes, sa surveillance durable, le corticosurrénalome peut retentir sur le psychisme. De plus, lorsqu’il est hypersécrétant, l’excès d’androgènes avec l’hirsutisme chez la femme, et/ou l’excès de cortisol avec ses effets sur le système nerveux central, peuvent avoir des conséquences sur le psychisme. Les Centres Experts National et Régionaux doivent pouvoir offrir aux patients les moyens d’une prise en charge adaptée.

 

Le plan INCa « Cancers Rares » pour le Corticosurrénalome

Dans le cadre du plan National « Cancers Rares », l’INCa (Institut National du Cancer) a retenu le projet présenté par le réseau de recherche clinique COMETE qui a donc pris une nouvelle dimension :

-    Il s’est élargi pour couvrir tout le territoire national
-    Dans le contexte de l’INCa, il est dédié aux seules Tumeurs de la Surrénale à potentiel malin
-    Il a des objectifs précis tournés d’abord vers l’optimisation – et l’égalité – de la prise en charge de ces patients, atteints d’un cancer rare ; et favoriser les progrès de la recherche dans ce domaine.

Le Réseau Expert National COMETE-Cancers de la surrénale regroupe aujourd’hui 35 Centres, en France et en Outre-mer :

-    Le Centre Expert National de Référence est organisé autour de trois Services: Endocrinologie à l’hôpital Cochin (AP-HP), Cancérologie Endocrinienne à l’Institut Gustave Roussy, et Génétique à l’Hôpital Européen Georges-Pompidou (AP-HP)
-    Les Centres Experts Régionaux, au nombre de 32, sont présents dans toutes les Régions (Voir liste et carte)
-    Des Centres Associés participent au Réseau, en Outre-mer (Voir liste et carte)

Les tumeurs de la surrénale à potentiel malin concernées sont le corticosurrénalome et certains phéochromocytomes et/ou paragangliomes.

Les objectifs du Réseau :

-    Optimiser la prise en charge des patients, par toute une série d’actions (organisation du parcours de soin,  Réunions de Concertations Pluridisciplinaires régionales et nationales, offre de recours, lecture centralisée des lames histologiques, relations avec les Associations de patients…)
-    Renforcer la formation des professionnels (Documents, Recommandations, Réunions. Harmonisation anatomopathologique, …)
-    Améliorer nos connaissances des maladies tumorales de la surrénale, en renforçant les moyens de la Recherche, Fondamentale, Translationnelle, Thérapeutique (Bases de données, Réunions scientifiques, cohortes…). Le réseau a fortement contribué à des avancées récentes dans les domaines du diagnostic et du pronostic (marqueurs histologiques et moléculaires, classification des tumeurs), de l’imagerie (intérêt du Pet-FDG), des anomalies moléculaires somatiques avec l’espoir d’approches thérapeutiques personnalisées. Le réseau, par sa composante oncologique, est vigilant pour offrir à nos patients la possibilité de traitements découlant des progrès de la cancérologie en général.
-    Développer les Réseaux Internationaux. Le Réseau Français a joué un rôle majeur dans la création d’une entité Européenne dédiée à l’étude et la prise en charge des patients avec tumeurs de la surrénale : le Réseau Européen ENS@T (European Network for the Study of @drenal Tumors). Plus de 20 pays y sont réunis, les meilleures équipes Médicales et Scientifiques impliquées dans les tumeurs de la surrénale. Ce Réseau a obtenu de nombreuses reconnaissances institutionnelles (European Science Foundation et Framework Programme 7 de l’Union Européenne), avec les soutiens financiers attenants. ENS@T a été la source de progrès majeurs dans le domaine et a été reconnu comme un grand succès du programme de l’European Science Foundation :

rapport ESF-ENS@T

Texte rédigé par le Service d’Endocrinologie, hôpital Cochin, Centre Expert National des Cancers Rares de la Surrénale et l’Association « Surrénales » septembre 2015 ©

 

Info patients de l'Institut de cancérologie Gustave Roussypdf_button

Mis à jour : samedi 10 octobre 2015 22:27