Traitement neurochirurgical de la maladie de Cushing

Un don de 5700 € a été attribué au Pr Olivier Chabre, endocrinologue au service d'Endocrinologie du CHU de Grenoble, pour un projet sur le Traitement neurochirurgical de la maladie de Cushing

Evaluation exhaustive du taux de récidive à 5 ans et des facteurs prédictifs de récidive chez les patients des 5 principaux centres du registre national français.

Résumé :

Ce projet de recherche vise à donner une évaluation fiable du taux de récidive à 5 ans et des facteurs prédictifs de récidive, des patients porteurs d’une maladie de Cushing qui ont bénéficié d’une rémission complète par chirurgie hypophysaire.

Cette étude sera réalisée dans le cadre des 5 principaux centres du registre national de la maladie de Cushing. Elle est basée sur un effort de collecte de données manquantes, elle permettra également de recueillir de nouvelles données de suivi après accord préalable des patients.

Les résultats de cette étude permettront de donner une information de qualité optimale aux patients avant leur traitement et d’adapter leur suivi après traitement. Indirectement cette étude va permettre d’optimiser le suivi des patients et de limiter les perdus de vue.

Un autre objectif de ce projet de recherche est de décrire l’évolution des complications de l’hypercortisolisme après rémission d’une maladie de Cushing en intégrant ces données dans le registre.

Introduction

La maladie de Cushing est une affection rare, liée à un adénome hypophysaire corticotrope, responsable d’un hypercortisolisme ACTH dépendant. Elle est responsable d’une morbidité significative : obésité facio tronculaire avec modification de la physionomie, amyotrophie, fragilité cutanée, diabète, hypertension artérielle, ostéoporose, susceptibilité aux infections, retentissement psychique. Non traitée, sa mortalité est significative.

La prise en charge médico-chirurgicale de la maladie de Cushing rencontre de nombreuses difficultés :

  • Tout d’abord diagnostiques, car aucun des signes cliniques n’est spécifique et la certitude diagnostique repose sur des explorations endocrinologiques rigoureuses qui nécessitent la collaboration de cliniciens experts, de biologistes, et de neuroradiologues.
  • Egalement thérapeutiques : le traitement repose en premier lieu sur la compétence de neurochirurgiens experts qui doivent être capables de repérer et de faire l’exérèse par voie transsphénoïdale d’adénomes qui sont souvent de très petite taille. Lorsque cette exérèse est réussie, les résultats cliniques sont souvent spectaculaires et très gratifiants, tant pour le patient que pour l’équipe médico chirurgicale qui a pu le prendre en charge.

Dans la littérature internationale le taux de rémission obtenu par la chirurgie se situe autour de 80% à court terme dans les équipes médico-chirurgicales expertes. Cependant ces bons résultats ont été récemment obscurcis par la description par certaines équipes d’un taux de récidive à long terme de l’ordre de 25% à 5 ans, c’est à dire plus important que ce qui était annoncé auparavant (10% à 10 ans). Ces résultats sont importants à souligner dans le contexte récent de développement de médicaments agissant sur l’adénome corticotrope pour inhiber la sécrétion d’ACTH. Ces médicaments annoncent l’émergence d’une alternative médicale au traitement de la maladie de Cushing, dont les résultats restent actuellement limités (20% de contrôle de l’hypercortisolisme) et ne doivent pas faire contester la première place de la chirurgie.

La rareté et les difficultés de la prise en charge de la maladie de Cushing ont conduit en France au développement d’un nombre limité de centres de compétences qui se sont regroupés récemment, sous l’autorité du centre national de référence des maladies rares de la surrénale de l’hopital Cochin (Pr Bertherat), pour constituer un registre national de la maladie de Cushing, qui compte actuellement 438 patients dans 5 centres français (par ordre décroissant de nombre de patients Paris-Hôpital Cochin, Grenoble, Marseille, Bordeaux, Lyon).

Les premières analyses de ce registre ont montré que le taux de rémission des patients à 6 mois était de 84%, ce qui démontre que ces équipes françaises ont des résultats comparables aux meilleures équipes internationales. Par contre, les données de suivi à long terme restent incomplètes dans certains centres, ce qui rend difficile l’évaluation du taux de récidive des patients du registre et donc l’évaluation du bénéfice à long terme du traitement neurochirurgical de ces patients.

Un travail récent de l’équipe Grenobloise a cependant permis de montrer qu’il était possible de beaucoup enrichir les données du registre par un travail de recherche systématique de données auprès des médecins correspondants du centre, travail qui pourra être complété par une reconvocation des patients perdus de vue (s' ils sont d’accord) par l’intermédiaire de leur médecin traitant. Dans l’expérience grenobloise, la première phase (collecte de données existantes mais non communiquées au centre) a permis de rallonger la durée de suivi moyenne des 138 patients de 49 mois à 66 mois . Actuellement le taux de « récidive connue » des patients grenoblois est de 14%.

Objectifs

Notre objectif principal est d’établir avec précision le taux de récidive à 5 ans des patients porteurs d’une maladie de Cushing qui ont bénéficié d’une chirurgie hypophysaire dans un des 5 centres du registre national de la maladie de Cushing.

Un objectif secondaire, établi après discussion avec le responsable du centre de référence Parisien (Pr J Bertherat) sera de profiter de ce travail de collecte de données pour enregistrer aussi les données concernant l’évolution après chirurgie des complications de la maladie de Cushing (notamment hypertension, diabète, accidents cardiovasculaires, ostéoporose)

Dans ce projet nous voulons étendre aux autres centres du registre, en particulier ceux de Marseille, Lyon et Bordeaux le travail de collecte de données de suivi des patients du registre initié à Grenoble pour :

  1. évaluer avec précision le taux de rémission à long terme de la stratégie thérapeutique neurochirurgicale de ces centres
  2. identifier des facteurs prédictifs de récidive qui permettront de définir des groupes de patients à haut risque de récidive devant bénéficier d’un suivi plus intensif
  3. permettre aux centres de reconvoquer les patients suspects de récidive, ce qui permettra de proposer une nouvelle prise en charge au patients qui seraient effectivement en récidive.

Méthodes

Ce travail repose sur la coordination d’un système de recherche de données de suivi et de reconvocation de patients perdus de vue. Nous avons confié à l’attachée scientifique du service d’Endocrinologie du centre de Grenoble (Madame Monique Martinie) ce travail qui supposera :

  1. d’entrer en contact avec les différents responsables des centres de Marseille, Bordeaux et Lyon pour initier la rédaction de lettres de rappel (au 01/01/2012 le centre de Lyon a déjà été visité par Monique Martinie),
  2. puis de se déplacer dans les différents centres pour enregistrer dans le registre les données recueillies (au 01/01/2012 le centre de Lyon a déjà été visité par Monique Martinie)

La complexité des données impose qu’elles soient saisies par une personne experte dans l’analyse des données de patients porteurs d’une maladie de Cushing, plutôt que par un attaché de recherche clinique polyvalent. Madame Martinie bénéficie de cette expertise, qu’elle a constituée au cours de sa longue carrière à l’interface de l’Endocrinologie et du laboratoire d’Endocrinologie.

Pour ce projet nous avons l’accord oral des Pr Jérôme Bertherat (Paris Cochin), Thierry Brue (Marseille), Antoine Tabarin (Bordeaux) et Gérald Raverot (Lyon)

Le budget de l’étude comprend l’indemnisation des frais de déplacement et d’hébergement de cette attachée scientifique.

Mis à jour : lundi 9 avril 2012 15:39
-->